ZOOM SUR KETTY CHAM

entraineur du pôle athlétisme

Les journalistes mettent en lumière les exploits des athlètes tandis que les entraîneurs demeurent dans l’anonymat la plupart du temps. Pourtant, leur expertise est pourtant essentiel à la réussite de ces champions.
Ainsi, derrière le titre de champion du monde assorti d’un record du monde Juniors du 110 mètres haies de Wilhem Belocian, il y a une spécialiste des haies hautes qui le suit depuis ses débuts :
Aujourd’hui, zoom sur la discrète et experte Ketty Cham, l’entraîneur du pôle Athlétisme en Guadeloupe. Elle s’occupe actuellement d’hurdlers de talent comme Wilhem Bélocian , Kenny Flecher ou Fanny Quenot. Avec Rico Vaitilingom, elle a su en 10 années d’encadrement créer une école antillaise des haies hautes.

1 - Ton parcours de vie

Quel fut ton parcours d’athlète ?

« J’ai commencé par le Sport études de Baimbridge, où j’étais entrainée par Victor Sesostris qui m’a orientée sur le 100 mètres haies.
Ma meilleure performance fut une 3ème place des Championnats de France 1989 Juniors.
Je suis partie en métropole faire mes études au Staps de Grenoble, où je suis restée jusqu’à l’année du Master. Sur place, j’étais entraînée par Olivier Bellocq qui était conseiller technique sportif à Grenoble. La licence « Entraînement »en poche, j’ai pris conscience que je préférais entraîner qu’être athlète ».

Elle commence donc ses premières missions d’encadrement comme bénévole à l’école d’athlétisme du prestigieux Racing Club de France. Elle devient rapidement l’assistante de Véronique Gandrieux puis prend la direction du groupe « sprint-haies », tout en travaillant comme prof d’EPS auxiliaire. Elle prépare le concours du professorat de sport, avec comme démarche d’étoffer son expérience de terrain, en continuant à entraîner.
Dans un premier temps, elle obtient le Capeps en 2003, avant de réussir le professorat de sport en 2010 (préparation INSEP). En concertation avec la Fédération Française d’Athlétisme, elle est nommée dès sa prise de fonction comme coordonnatrice sur le plan »Antilles-Guyane ».

Pourquoi t’es tu orientée vers une carrière de CTN ? Quelles satisfactions pensais-tu y trouver ?

« Depuis mes premiers programmes d’entraînement, j’ai pris conscience que j’adore mûrir une planification, en choisissant les petits plus qui seront une clef de la performance. La très haute performance se joue sur des tous petits détails, tant la densité des compétiteurs est grande ».

Ketty illustre son propos en associant coach sportif et cuisinier qui font tous les deux preuve de créativité pour aboutir à un plat totalement abouti, exaltant des saveurs nouvelles. Elle aime également dire qu’elle considère le sport comme un vrai vecteur de réussite sociale.

Comment s’est passée la découverte du jeune Wilhem Belocian ?

« Je découvre Wilhem dans un stage de Ligue des minimes, avec une technique de haies aboutie et un très bon niveau de coordination motrice. Tout naturellement, j’amorce une collaboration avec Rico Vaitilingom, son entraîneur de l’époque au Stade Lamentinois ».

A 16 ans, Wilhem perfectionne donc sa technique une fois par semaine avec Ketty. C’est le début de leur relation sportive. L’année suivante, en 2013, elle ajoute des séances de renforcement musculaire (en cadet 2).
Il passe à 100 % avec Ketty en 2014, avec à la clef son titre de Champion du Monde Junior.
Ketty prend de suite la mesure du potentiel immense de Wilhem qui se connaît déjà très bien et sait gérer ses courses avec beaucoup de finesse.

Il va néanmoins connaître un long passage à vide, après l’épisode de son faux départ des JO de Rio, qui l’affectera beaucoup. Il cumule alors les blessures, notamment à cause une faiblesse de ses ischios-jambiers. Heureusement, Ketty fait appel à Gael Guilhem, le responsable du Département de recherche de l’INSEP. A l’aune de cette collaboration fructueuse, Wilhem renforce ses ischio-jambiers grâce notamment à beaucoup de travail en iso-cinétisme. Stéphane Caristan apporte aussi sa pierre à l’édifice, durant la phase de réathlétisation puis de reprise de Wilhem, après son opération de l’alus valgus en 2018.
Et il reprend sa progression dès 2019, tel un sphinx renaissant de ses cendres.

J’ai trouvé également en la personne de Mounir Chenaoui, spécialiste du sommeil, un accompagnement scientifique, en m’aidant à gérer son niveau de fatigue.
Enfin, Nathalie Pinson, une préparatrice mentale conseille Wilhem dans son approche de la haute performance
En parallèle, Guillaume Coudevyl, directeur du Staps de Guadeloupe a travaillé avec Fanny Quenot, Kenny Flecher et Kenny Blecourt, en imagerie mentale.

2 - L’approche de l’entraînement

Quels sont les entraîneurs et les athlètes qui t-ont inspirée ?

« C’est l’école française qui m’a vraiment inspiré, avec notamment Jacques Piasenta qui a entraîné les meilleurs hurdlers français dans les années 80 et 90. J’adore l’entraîneur qui cherche, qui se renouvelle. Un coach qui est capable de proposer une véritable éducation athlétique ».

Ketty entre donc en contact avec lui, en tant que compétitrice, dans ses années de Junior. Puis, elle fait son stage de Licence Staps avec Fernand Urtebise. Elle prend également des conseils auprès d’Olivier Valleys et Olivier Bellocq, ainsi qu’Hervé Stephan, tous spécialistes des haies hautes qui contribuent à son acculturation de la discipline.
Aujourd’hui, en Guadeloupe, c’est avec Rico Vaitilingom qu’elle partage le plus, dans le cadre des nombreux regroupements régionaux qu’elle organise pour la Ligue.

Ketty est peu en relation avec des entraîneurs étrangers. Elle se souvient surtout du plaisir d’avoir partagé des séances à « IMG Academy », lors d’un stage à Miami. Elle avait conçu une séance collective avec les athlètes de Rana J. Reider, un entraîneur d’athlétisme américain très sympathique, qui entraine notamment Dafné Schippers, et Christian Taylor.

Quelle est ta conception de la relation entraîneur-athlète ?

« Je cherche avant tout à m’adapter en fonction du niveau de l’athlète. Je suis plutôt directive, dans une relation descendante pour les débutants et sur l’échange avec les athlètes élite. En toute circonstance, je reste le chef d’orchestre, qui pilote le projet de performance ».

Qu’est ce qui a changé dans l’approche du 110 m haies en 30 ans ? La progression des perfs a-t-elle changé ton regard sur la discipline ?

« Je trouve que la densité a progressé mais les perfs de pointe sont identiques. Stéphane Caristan était le numéro 1 mondial en 1986 et ses 13’’ 20 constituaient le record d’Europe à l’époque. Aujourd’hui, un tel chrono t’ouvre les portes de la finale des Jeux Olympiques mais il faut courir sous les 13 secondes pour viser l’or ».

Quels outils technologiques utilises-tu pour faire progresser tes athlètes ? Notamment la vidéo et Dartfish ?

« J’utilise beaucoup la vidéo (analyses des temps de franchissement, des temps d’intervalles). Je filme toutes les courses de mes athlètes pour ensuite faire un retour avec eux. J’analyse la vitesse inter-obtacles et leur capacité à maintenir une grande vélocité sur les 10 haies. Il m’arrive également de faire un point avec Gael Guilhem, lorsque je suis à l’INSEP. Mon objectif est de mettre en place avec lui des temps de travail sur l’analyse de la performance, avec cette recherche perpétuelle des petits détails que l’on peut améliorer et qui nous font gagner des centièmes de seconde ».

Ainsi, Wilhem et Fanny sont perfectibles sur leur fin de course. Nous travaillons avec la priorité de maintenir un rythme élevé sur les deux trois dernières haies. Cette année encore, nous axerons aussi une partie du travail sur la force vitesse, afin qu’ils progressent tous en vitesse pure.

3 - La vie du collectif

Présente nous ton groupe pour la saison 2020 – 2021.

« Le collectif s’est bien étoffé depuis l’arrivée de Wilhem en 2014. Pour la saison 2021, j’entraîne Fanny Quénot, la médaillée d’argent au 100 m haies femmes lors des Jeux Européens 2019, avec un record de 13’’13. Aux championnats de France Elite 2019, elle avait ris la 2ème place et établit son nouveau record sous les 13 secondes, avec 12’’ 96.

De nouveaux talents nous ont rejoint : Laetitia Bapté, la Vice Championne espoirs du 100 m haies en 13’’ 36 (et 4ème aux Elite) en 2020.

Je coache également de jeunes sprinters, tels que Kenny Blécourt, 10’’ 37 aux 100 mètres et champion de France espoirs 2018.
Enfin, Noah Aurélia, est un jeune encore Junior 2 bon techniquement et qui a déjà couru 10’’ 86 avec 4 m/s de vent défavorable ».

Comment gères-tu ton temps entre les athlètes élites et le reste du collectif du Pôle ?

« J’ai la chance d’être assistée de Frédéric Dommanech, afin de disposer de plus de temps pour les athlètes en demande. Une fois sur le stade, nous nous répartissons le travail. Il connaissait très bien la technique des haies hautes puisqu’il était l’assistant de Franck Né à Marseille ».

Est-ce un atout d’entraîner aux Antilles ?
As-tu des contacts avec les entraîneurs de Martinique, notamment celui de Ludwy Vaillant, le meilleur français actuel sur 400 mètres haies (48’’ 42) ?

Ketty voulait entraîner aux Antilles, avec un climat chaud si propice aux épreuves de vitesse. La réussite du collectif prouve qu’il est possible de pratiquer de l’athlétisme de haut niveau hors métropole.

« Bien sûr que c’est une chance de rester en Guadeloupe. Je gère le manque d’adversité avec de nombreux stages en équipe de France. Le collectif actuel suffit à Wilhem qui a lui aussi préféré rester ici, dans son environnement de ses débuts. Une à deux fois par mois, j’effectue un regroupement des hurdleurs de Guadeloupe, avec Rico. J’ai aussi des liens privilégiés avec Jean Claude Berquier, le CTS de Martinique qui encadre Ludwy Vaillant ».

4 - Les ambitions pour le futur proche

Comment as-tu géré cette saison Covid et l’annonce du report des JO ?

« L’annonce m’a soulagé, après une période d’incertitude très longue. La période Covid m’a permis de prendre le temps de travailler autrement, axer des cycles sur la préparation physique. Je suis resté au contact de mes athlètes, grâce à la vidéoconférence. En Mars, j’ai heureusement pu les voir, notamment sur des séances de côtes et en nature, puisque tous les stades étaient fermés. Puis, lorsque le report des JO fut acquis, je leur ai donné trois semaines de coupure, jusqu’au 11 Mai ».

Quels sont tes objectifs pour les JO de Tokyo et Paris ?

« Très clairement, ma mission est de tout mettre en œuvre, afin que des antillais se qualifient aux JO.
La médaille est un objectif réaliste pour Wilhem, aux JO de Tokyo. Les minimas sont de 13’’ 18 pour la Fédération, ce qu’il a déjà réalisé cette année, en gagnant les Championnats de France Elite. La Fédération Internationale (l’IAAF), elle, impose 13’’ 32, un niveau qu’il maitrise désormais sur quasiment toutes ses courses.
Pour Fanny, la sélection aux JO est un vrai challenge qu’elle est pleinement en mesure de réussir. Il lui faudra battre son record et signer un chrono de 12’’ 80, pour obtenir son billet pour Tokyo ».

Est-ce que l’arrivée du phénomène Sasha Zhoya, un petit cadet qui a battu les records du monde cadets du 110 mètres haies et de la perche, est une bonne chose ?

« C’est une stimulation, avec le talent de ce jeune adversaire, entraîné par Ladji Doucouré. Wilhem a déjà sympathisé avec lui et le conseille régulièrement lorsqu’ils se retrouvent sur l’INSEP. Donc, oui, c’est une chance que de voir une discipline du 110 mètres haies très dense en France, pour les deux prochaines olympiades …Car les JO de paris, c’est désormais dans moins de quatre ans … »

Propos recueillis par Bruno COUTANT

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